Des classements contestés en France et en Europe

La communauté des chercheurs en SHS se mobilise en faisant circuler une pétition qui demande le retrait de la liste de l’AERES. Celle-ci conteste la validité de ce classement de revues de SHS, publié en juillet et qui s’inspire du celui de l’ERIH (Index européen de référence pour les sciences humaines) de la Fondation Européenne pour la Science.

Cette liste est critiquée à cause du manque d’homogénéité des critères retenus qui varient d’une discipline à une autre. Elle est aussi remise en cause en raison d’incohérences qui marginalisent certaines revues par rapport à d’autres et du manque de transparence de la procédure. De plus, l’usage qui pourrait en être fait, comme le fait de distinguer les chercheurs publiants et non-publiants, inquiète les chercheurs.

Un mouvement protestataire se manifeste aussi au niveau européen. Comme indiqué ici, la communauté internationale des rédacteurs en chef de revues d’histoire des sciences, des techniques et de la médecine, a demandé le retrait des listes de l’ERIH. Celle-ci considère ces listes comme étant superficielles et unidimensionnelles ; elle avance des motifs qui rejoignent ceux des chercheurs français: l’inadéquation de la méthode de mesure de travaux revus par les pairs, la confusion entre portée internationale et qualité… avec à l’appui, l’avis de l’académie britannique qui réfute la fiabilité d’un tel instrument d’évaluation.

La validation de telles listes est perçue comme une dérive dangereuse vers une évaluation purement bibliométrique et quantitative de la recherche et dont les chercheurs craignent les effets pervers (appauvrissement de la recherche, valorisation de la production anglo-saxonne), particulièrement pour les revues de SHS d’une grande variété et hétérogénéité, dont un certain nombre sont spécialisées et non anglophones.

Le recours croissant aux évaluations quantitatives de la recherche scientifique suscite des réactions dans toutes disciplines. Parallèlement, on assiste au développement d’indicateurs, comme l’indice h et le classement de Shangaï, dont la communauté scientifique s’empare sans savoir s’ils sont adéquats pour ce qu’elle veut mesurer.