La progression des programmes de digital humanities

Lors de notre intervention à l’école d’été du TGE Adonis en septembre 2008, nous avions présenté les politiques publiques d’e-infrastructures dans les pays les plus avancés dans ce domaine (Etats-Unis, Australie, Europe, Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas).

En ce début d’année 2009, qu’en est-il des programmes engagés? Quelles sont leurs réalisations ? Nous apportons des compléments d’informations à ceux qui ont donné lieu à des développements (hormis l’Europe qui fera l’objet d’un billet ultérieur):

Etats-Unis:

On constate que la National Enodowment for the Humanities (NEH) va plutôt vers une délocalisation et une multiplicité de projets à travers une nouvelle étape de son programme « We The People » démarré en 2002 sur l’histoire et la culture des Etats-Unis, dans lequel le numérique est très impliqué: le soutien de 20 millions de dollars, annoncé ici en mars dernier est destiné à 197 projets dans les 56 états par le biais du partenariat fédéral avec les «humanities councils» dans chacun d’entre eux, alors qu’il y a eu auparavant de grosses réalisations au niveau national (programme national de numérisation des journaux…).

Un des axes 2009 de la NEH est d’étendre les programmes des «humanities councils », structure qui facilite la décentralisation et par la même favorise les initiatives locales. En outre, la NEH a recentré son programme sur des orientations prioritaires (le programme culturel américain et les digital humanities) en diminuant le nombre et le montant de certaines bourses.

Depuis 2006, la NEH a engagé une politique transversale de digital humanities à travers 5 domaines : la recherche, la formation, la préservation, l’accès et les programmes publiques. Il existe désormais une entité spécifique au domaine depuis la création de l’ODH créé fin 2008. Financée à hauteur de 2 millions de dollars, sa politique s’oriente vers une diversification des catégories de bourses pour faire émerger des projets innovants.

Les programmes de soutien des digital humanities sont nombreux, notamment concernant le supercalcul et l’analyse de données. Les objectifs de l’ODH dans les années à venir sont de renforcer la coopération au niveau national avec des financeurs privés (fondation MacArthur, fondation Mellon…) et public (NSF, IMLS, département américain de l’énergie…) ainsi qu’à l’échelle internationale (projets de numérisation avec le JISC…), condition jugée nécéssaire au développement d’une cyberinfrastructure.

Royaume-Uni:

Le centre de soutien de l’e-science en arts et sciences humaines (AHeSSC) appuie actuellement 7 projets (2007-2012) sous l’initiative conjointe d’e-science d’Arts and Humanities Research Council (AHRC), Joint Information Systems Committee (JISC) et (Engineering and Physical Sciences Research Council (EPSRC):

L’AHeSSC a aussi une forte présence internationale, comme l’illustrent plusieurs projets auxquels il collabore: le sous projet du réseau européen Acume2, le projet australien Aus-e-Lit sur la littérature et la culture de l’imprimé, le projet européen CALLAS (Conveying Affectiveness in Leading-edge Living Adaptive Systems) pour développer des applications dans les arts du spectacle et le projet allemand TextGrid.

Par ailleurs, l’agence de financement nationale des arts et sciences humaines (AHRC) à l’approche de son 4ème anniversaire, organise une consultation pour déterminer les futures directions, notamment comment réagir à la fermeture en 2008 de l’ADHS, l’archive nationale des données de SH: quels sont les thèmes de recherche prioritaires à financer, quel est le besoin le plus important pour une nouvelle infrastructure nationale ?

Pays-Bas :

Le programme Continuous Access to Cultural Heritage (CATCH) s’étend désormais à CATCH Plus, lancé le 20 février 2009. Celui-ci vise à améliorer l’accès numérique aux collections des musées et autres institutions. Cette initiative marque une nouvelle étape vers une collection numérique intégrée du patrimoine culturel des Pays-Bas. Elle va permettre de convertir les résultats (prototypes…) obtenus par CATCH en applications, services et outils pour l’usage courant. Elle bénéficie d’un financement de 3 millions d’euros, provenant de l’organisation de la recherche scientifique (NWO) aux Pays-Bas ainsi que le ministère de la culture et le programme interdépartemental d’implémentation des technologies de l’information (PRIMA).

Notons le lancement de Historical Timeline Mining and Extraction (HITIME) en décembre 2008, un nouveau projet de CATCH financé par NWO. Il a pour objectif de développer des outils d’extraction appliqués aux textes historiques. Les partenaires du projet sont le centre informatique de l’université de Tilburg (TiCC),  l’Institut international d’histoire sociale (IISH), l’institut d’histoire de l’université de Leiden et le Virtual Knowledge Studio (VKS).

Allemagne:

Qu’en est-il du projet TextGrid, une partie de l’initiative DGrid, démarré en 2006 et qui s’est terminé en janvier 2009. L’interface usager TextGridLab est disponible en version bêta. Une conférence à Göttingen en Allemagne (21-22 janvier) a rassemblé 130 universitaires de pays européens ; elle a permis de présenter les concepts du projet et l’architecture de TextGrid. Celle-ci repose sur une infrastructure de grille (Globus) avec une couche « middleware » et une couche de services web d’outils spécialisés pour travailler avec les textes.