La viabilité de projets de ressources numériques

A l’heure où les budgets se resserrent, comment les projets numériques seront-ils capables de survivre et perdurer? Une étude sur la viabilité des projets de ressources numériques, qui vient d’être publiée par Ithaka S+R,  fournit un cadre de réflexion sur cette question.

Elle a pour but d’identifier les modèles économiques qui fonctionnent le mieux à travers l’examen approfondi de projets numériques en plein essor. Elle est financée par le Joint Information Systems Committee (JISC, Strategic Content Alliance) au Royaume-Uni, la National Endowment for the Humanities (NEH) et la National Science Foundation (NSF) aux Etats-Unis.

Elle présente 12 études de cas qui illustrent des stratégies innovantes de gestion et de financement de projets à but non lucratif, en Europe (4 au Royaume-Uni, 1 en France, 1 en Allemagne) au Moyen-Orient (1 en Egypte) et en Amérique du Nord (5 aux USA). Chaque cas est largement étudié, en s’appuyant sur des entretiens avec les responsables de l’organisation et sur des détails des coûts et des revenus tout en dégageant le processus décisionnel qui sous-tend ces stratégies

Sur ces 12 exemples, 4 concernent des disciplines de sciences humaines (TLG, EE, encyclopédie de philosophie en ligne de Stanford, archive de revues SHS allemandes), 1 d’humanités numériques (CCH du King’s College de Londres) 4 sur l’accès et la conservation du patrimoine culturel (INA, BOPCRIS, National Archives, V&A Images du musée Victoria et Albert) et 3 de STM (société Hindawi, portail Middle School, eBird).

Le document complet sur l’étude (135 pages) détaillent les études de cas et contient le rapport final (40 pages), aussi publié indépendamment.

Le rapport souligne 5 facteurs clés: développer le leadership et l’esprit d’entreprise, définir une proposition claire à valeur ajoutée basée sur la compréhension des usagers, minimiser les coûts directs (soutien en nature des structures hôtes, externalisation et partenariats, bénévolat), diversifier les sources de revenus (abonnement, licences, services personnalisés et conseil, parrainage, publicité, frais auteurs, dotations, subventions, définir des objectifs réalistes et mesurer les progrès de l’entreprise ;

Il met en évidence que la durabilité des projets implique beaucoup plus que simplement les coûts de mise en ligne d’une ressource. Tout aussi important est d’assurer le développement continu de la ressource en fonction de l’évolution des besoins des utilisateurs.

Il indique également que, tandis que de nombreux projets tentent de générer des revenus (abonnements, accords de licence…), leur situation financière d’ensemble dépend encore fortement du financement direct et du soutien en nature provenant des institutions qui les hébergent.

Voici le rapide descriptif des projets numériques examinés:

– Electronic Enlightenment (EE), bibliothèque Bodleian, université d’Oxford (Royaume-Uni) : collection de correspondances du 18ème siècle qui a basculé d’un projet subventionné par des fonds universitaire vers un produit financé par les abonnements et soutenu par un partenariat avec une presse universitaire pour sa distribution

– Encyclopédie de philosophie en ligne de Stanford (USA): ce projet d’encyclopédie en accès libre s’est doté d’un fond complémentaire à celui apporté par son institution

– TLG ou Thesaurus Linguae Graecae (USA): collection numérisée de textes en grec ancien qui constitue un contenu spécialisé pour une audience de niche, a développé, au cours de presque 40 ans, un modèle hybride basé sur les abonnements, une dotation et un fonds de l’université.

– Centre for Computing in the Humanities (CCH) du King’s College de Londres (Royaume-Uni): centralisation de projets d’humanités numériques, diversification des financements gouvernementaux et institutionnels

– INA, Institut national de l’audiovisuel et Inamediapro} (France) : démonstration de la production de revenus à partir de licences (Inamediapro) et d’un équilibre trouvé entre accès libre et «rentabilité» à travers un modèle innovant sur un site public (ina.fr)

– Centre de numérisation BOPCRIS, bibliothèque Hartley, université de Southampton (Royaume-Uni) : Expérimentation de différents modèles d’accès pour des projets de numérisation de bibliothèques : partenariats de licences privés-publics pour soutenir son projet d’accès et de préservation à long terme à son contenu numérique

– National Archives (Royaume-Uni) : programme (TNA) avec des partenaires commerciaux pour numériser plus de 80 millions de pages de documents d’archives en 4 ans et les mettre à disposition en ligne

– V&A Images du musée Victoria et Albert (Royaume-Uni) : licence d’images par une société commerciale (V&A Images) dans le contexte d’un musée

– DigiZeitschriften, Etat de Goettingen et bibliothèque universitaire (Allemagne): archive de revues SHS allemandes financée par les abonnements et des partenariats avec la bibliothèque

– Société d’édition Hindawi (Egypte) : organisation commerciale donnant un exemple d’innovation rapide et de réponse adaptée à la demande du marché : diffusion d’un contenu en accès libre (revues et livres de STM) via un modèle auteur-payeur

– eBird, département de science de l’information, laboratoire d’ornithologie, université Cornell (USA): une banque de données qui démontre le développement d’une culture d’entreprise dans une communauté universitaire et la compréhension fine de ses utilisateurs

– Portail Middle School 2 (Math et Science) bibliothèque nationale de science (USA): programme, subventionné par la NSF pour améliorer la découverte de ressources pour les enseignants en mathématiques et sciences, qui réfléchit à des solutions alternatives après l’arrêt du financement en 2011