Les usages numériques en sciences humaines

Ithaka S+R a publié les résultats d’une enquête menée en 2009 auprès de plusieurs milliers d’universitaires (3025 réponses) aux Etats-Unis sur la communication scientifique, le numérique et le rôle des bibliothèques universitaires. Il s’agit de la quatrième enquête du genre (les précédentes avaient eu lieu en 2000, 2003, 2006).

Grâce à des rapports réguliers effectués tous les 3 ans, des tendances sur une décennie (2000, 2009) peuvent être en évidence sur une variété de questions concernant allant de la nécessité de préservation du contenu, la fonction des bibliothèques, en passant par l’engagement vis-à-vis des archives institutionnelles et disciplinaires, jusqu’à une réflexion sur l’accès libre. Cependant, on peut émettre une réserve sur la représentativité des résultats compte tenu du faible taux de réponses à l’enquête effectuée par mail (8 ,6%).

En outre, un aspect intéressant de ce rapport est l’analyse par groupes disciplinaires (sciences, sciences humaines, sciences sociales) et les différences ou convergences d’attitudes mises en évidence entre les chercheurs de ces groupes sur tous les aspects de l’enquête.

Le rapport souligne que la croissance des technologies numériques à laquelle on a assisté dans les sciences est de plus en plus visible dans les sciences humaines. Bien que l’intérêt les concernant soit plus marqué dans les STM, et dans une moindre mesure, en sciences sociales, les sciences humaines suivent la même trajectoire même si les changements sont plus lents.

Tout porte à croire, selon le rapport, que ces comportements – même dans les disciplines les plus conservatrices des sciences humaines – vont continuer à évoluer au fur et à mesure que de plus en plus de publications seront disponibles en format numérique.

Les versions numériques des revues apparaissent nettement comme le media de choix pour la communauté universitaire, même parmi les chercheurs en sciences humaines, alors que les revues imprimées ne joueraient qu’un rôle limité pour des besoins spécifiques. La préservation durable des contenus numériques est une préoccupation générale chez les chercheurs, les chercheurs en sciences humaines étant plus soucieux de la préservation des livres, journaux et collections de sources primaires numérisés, comme on peut s’y attendre.

Par ailleurs, l’accès libre pour le choix d’une revue dans laquelle publier n’est pas la priorité pour les universitaires, l’avantage de la disponibilité gratuite qu’elle représente pour eux ayant chuté entre 2003 et 2006. Ne rien payer pour publier prévaut sur l’accès ouvert des articles aux yeux des chercheurs. Le modèle auteur-payeur de beaucoup de revues en libre accès ne serait donc pas en adéquation avec les préférences des chercheurs.

Les universitaires considèrent de plus en plus les bibliothèques comme des acheteurs d’information (90% d’entre eux sont de cet avis en 2009 pou 80% en 2003) au sein des institutions plutôt que comme des gardiens du savoir et des partenaires intellectuels (60% en 2009 pour 70% en 2003). Cette tendance touche aussi les chercheurs en sciences humaines, considérés jusqu’à présent comme très stables. Ce résultat confirme, selon le rapport, un processus progressif de désintermédiation des bibliothèques universitaires.