Etude sur l’adoption des e-infrastructures en SHS

Les États-Unis et le Royaume-Uni ont été les pionniers du développement des e-infrastructures, dans les pays occidentaux, et probablement dans le monde entier. De nombreux pays, en Europe et dans la région Asie/Pacifique, ont suivi ces leaders et ont commencé à construire leurs propres infrastructures électroniques. Cependant, les résultats de ces investissements dans les différentes disciplines scientifiques restent encore à évaluer.

Cet article (1) repose sur l’enquête « Accelerating transition to Virtual Research Organisation in Social Science » (AVROSS) financée par la Commission européenne dont la finalité est de contribuer à optimiser les e-infrastructures en sciences sociales.

Il compare le niveau d’adoption des e-infrastructures en SHS au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Europe continentale. Il rend compte d’une étude dont les données ont été recueillies par le biais d’un questionnaire envoyé par courriel au printemps 2007 dont les 1900 destinataires de 45 pays ont été déterminés à partir de listes fournies par le « National Centre for e-Social Science » ( NCeSS) (Royaume-Uni), la « National Science Foundation » (NSF) (États-Unis) et par les groupes de travail d’ESFRI (Europe). Le taux de réponse exploitables a été de 24%.

L’étude explore le degré d’implication des chercheurs en SHS avec l’e-infrastructure: le temps d’utilisation (recherche, enseignement), le niveau d’expérience, le nombre de projets et leur taille; les organismes de financement; l’aspect technologique de l’e-infrastructure, les résultats scientifiques; les sources d’information sur l’e-infrastructure ; les catalyseurs et les freins identifiés dans le développement et la mise en place d’ une e-Infrastructure. Elle dégage 6 catégories de participants.

L’implication des chercheurs dans les e-infrastructures est assez similaire entre les pays. Environ 50% utilisent actuellement ces technologies, 10-15% les ont déjà utilisé, mais les ont abandonnées, et près de 35% ne les utilisent pas. Cependant, le taux des chercheurs qui ont l’intention d’utiliser l’e-infrastructure dans l’avenir est le plus élevé en Europe continentale (15,3%), suivie par le Royaume-Uni (13,7%), et les États-Unis (9,3%).

Parmi les différences identifiées entre les 3 grandes régions, l’une d’entre elle a trait au financement, un élément perçu comme un frein à la mise en place d’une e-infrastructure. Les budgets des projets annuels sont assez similaires dans les trois régions. Cependant, les projets au Royaume-Uni sont de plus petite taille (moins de participants aux projets et plus petits budgets), la conséquence, probablement de projets de plus courte durée.

Toutefois, on constate un rôle beaucoup plus prononcé des fondations privées et des fonds institutionnels aux États-Unis. Cette faiblesse est compensée en Europe continentale par des financements gouvernementaux et de l’Union européenne et au Royaume-Uni par les Research Councils et le JISC. Un financement interne suffisant facilite sans doute l’adoption initiale à l’e-infrastructure. Toutefois, ce financement n’est pas durable et il pourrait s’avérer difficile de maintenir en vie le projet à long terme et de le transformer en «véritable» infrastructure.

Une seconde différence concerne l’aspect technique: en Europe, au Royaume-Uni et dans les autres pays , les besoins en informatique constituent une plus grande incitation à utiliser l’e-infrastructure qu’aux États-Unis. Aux USA, les projets ont produit plus de nouveaux outils, méthodes, données et partenariats qu’en Europe. Il est possible que cela soit en raison de la plus longue expérience des chercheurs américains et du plus grand avancement des projets.

Quand à la 3ème différence, les sources d’information sur l’e-infrastrucuture, les réunions et les ateliers, ont une plus grande importance au Royaume-Uni qu’en Europe continentale et aux États-Unis. Pourtant, il y est possible d’y adopter une e-infrastructure en contournant les organisations locales, comme l’indique le taux de réponses classées comme « chercheurs isolés localement », le plus élevé de tous les pays.

Outre ces différences, d’autres dimensions influent sur l’adoption d’une e-infrastructure : la part d’enseignement et de recherche, le soutien local ou plus intégré au niveau national des chercheurs. La promesse d’une recherche intéressante est aussi une facteur important pour s’investir dans une e-infrastructure.

Cet article présente des résultats préliminaires qui devraient être clarifiés et approfondis. D’ores et déjà, il ressort que le soutien apporté aux projets d’e-infrastructures en SHS doit certainement rapidement dépasser les limites étroites du financement, même s’il est un élément important.

(1)BARJAK F. , LANE J., POSCHEN M. , PROCTER R., ROBINSON S., WIEGAND G., e-infrastructure adoption in the social sciences and humanities: cross-national evidence from the avross survey, Information, communication & society, 2010, vol.13, N°5,  p.635-651