Zoom sur les pratiques d’édition dans 5 disciplines de SHS

Un billet avait déjà présenté rapport du Center for Studies in Higher Education (CSHE) “Assessing the Future Landscape of Scholarly Communication: An Exploration of Faculty Values and Needs in Seven Disciplines”. Ce nouveau billet a pour but de rentrer dans les détails des résultats pour 5 disciplines de SHS et de donner  une idée de la diversité des pratiques disciplinaires. Le résumé du rapport donne une vue synthétique de chaque discipline.

L’archéologie est un champ disciplinaire exceptionnellement hétérogène et diverse. Elle se distingue d’autres disciplines de sciences humaines par l’usage de données temporelles et géographiques, l’abondance d’images et la complexité des équipes interdisciplinaires. Elle a une éthique de la conservation. Les formes de communication vont de l’e-mail et Skype jusqu’à des plates-formes sophistiquées et des outils d’échanges de documents. Bien que la monographie soit la norme, les articles de revues et les communications de conférence sont aussi importants. Il y a une demande de nouveaux supports (données multimedia, reconstitutions virtuelles et bases de données complexes). Des éditeurs pourraient jouer un rôle important pour assurer une évaluation par les pairs et la qualité des nouveaux modèles de publication.

L’économie est une discipline qui repose presque exclusivement sur les revues pour la publication définitive. Il y a une forte culture du working paper qui est une forme anticipée de diffusion et de revue par les pairs informelle. Il n’y a pas un besoin important pour de nouveaux types de publication. Les économistes sont désireux d’exploiter la croissance des données numériques à des fins de recherche. Ils utilisent des données issues de sources variées (sociétés privées, organismes gouvernementaux et non lucratifs…). Certains génèrent leurs propres ensembles de données.

En histoire, la forme standard de publication finale est la monographie, idéalement publiée par une presse prestigieuse. Les historiens produisent aussi des articles revus par les pairs, des chapitres dans des livres, des éditions documentaires et des reviews mais aucune de ces publications ne remplace la monographie. En général, les historiens sont conservateurs en terme de publications et ne considèrent pas les ressources numériques comme des produits savants à part entière mais comme des moyens pour renforcer ou prolonger la monographie ou l’article formel. Des initiatives de production de monographies telles que Gutenberg-e et ACLS Humanities E-Book ont fait une percée pour contrecarrer les perceptions négatives associées à la publication électronique mais elles restent marginales dans le paysage de l’édition et ont bien du mal à rivaliser avec les prestigieuses presses universitaires. Elles font débat dans les comités évaluateurs (information non linéaire absente dans un document imprimé) et des systèmes d’évaluation non traditionnels se développent. Il y a une réelle crise de la monographie dans certains cas (jeunes chercheurs, sous-domaines, établissements moins compétitifs) et des expériences hybrides testent de nouveaux modèles (impresssion à la demande…).

En sciences politiques, l’article devance de loin le livre, comme en économie. Il n’y pas de forte tendance aux revues en ligne et en accès libre, celles-ci n’ayant pas la même aura que leurs homologues imprimés. La lenteur du processus de publication est souvent problématique. Une demande de revues spécialisées émerge suite à une multiplication de sous disciplines. Le partage des données post publication est une pratique commune parmi les chercheurs qui réalisent des travaux quantitatifs. Bien que des archives comme le consortium interuniversitaire pour la recherche politique et sociale (ICPSR) et de la Harvard-MIT Data Center, jouent un rôle important dans la préservation des données aux USA, il existe un besoin concernant des archives institutionnelles plus spécialisées.

La musique, discipline multi-facette, englobe une variété de formes de publication (articles, livres, comptes-rendus de conférences, éditions critiques, manuscrits, sites multimedia, DVD/videos…). L’importance des monographies et revues dépend du sous-champ disciplinaire. La disponibilité croissante de la musique en formats numériques (audio, vidéo) crée de nouvelles possibilités d’édition multimedia en forme hypertexte, particulièrement en ethnomusicologie.