Le développement d’outils en digital humanities

Bien que la question des outils en digital humanities ait été déjà débattue, leur développement en tant qu’activité scientifique a été peu discuté. En outre, plusieurs documents de référence engagent la communauté scientifique, en particulier dans les sciences humaines, à prendre en compte le développement d’outils de recherche scientifique comme un travail de recherche.

Le rapport fondateur des digital humanities de l’American Council of Learned Societies (ACLS) en 2006 souligne la légitimité du développement d’outils: « la reconnaissance devrait être accordée non seulement aux activités utilisatrices d’une cyberinfrastructure en SHS mais aussi aux activités qui contribuent à sa conception, sa construction et sa croissance. »

Un des articles du dernier numéro de Digital Humanities Quarterly approfondit cette question. Pour ce faire, les auteurs de cet article ont mené, en mars 2008, une enquête en ligne auprès des développeurs d’outils numériques en sciences humaines au sein de différentes communautés et listes de discussions dont Humanist, CenterNet et la TEI.

L’enquête a porté sur la perception du travail des développeurs leur vision du développement d’outils dans un projet en sciences humaines vis-à-vis du financement de la recherche et à l’avancée de leur carrière ainsi que le types d’outils développés.

Sur les 108 réponses obtenues, 54 réponses se sont avérées complètes et ont été analysées. La moitié des réponses examinées proviennent des États-Unis (51%), 27% d’Europe, du Royaume-Uni (13%) et 7% du Canada.

L’écrasante majorité des développeurs interrogés manifeste leur satisfaction personnelle et la perception positive de leur activité : 96% estiment que leurs logiciels sont des succès et 94% considèrent le développement comme une activité de recherche .

Par contre, ils sont plus partagés sur la traduction de la reconnaissance de leur activité en soutien institutionnel et en avancement de carrière (40% de réponses positives et 26% de réponses négatives). Et, concernant les types d’outils développés, ils se répartissent en 4 catégories quasiment égales, environ 25% chacune : analyse de textes, édition, enseignement et visualisation. Ils décrivent les bénéfices qui découlent du développement d’outils : mieux comprendre les processus, les méthodes analytiques, améliorer le raisonnement et favoriser la créativité.

Les résultats indiquent que le développement d’outils est considéré par les développeurs comme une activité scientifique en tant que telle. Cependant, la reconnaissance et le soutien financier de cette activité sont à la traîne au regard des activités traditionnelles scientifiques (publication de livres ou d’articles de revues). Les auteurs de l’article en déduisent que les digital humanities sont en train de repousser les limites de ce qui était auparavant considéré comme de la recherche.