Perceptions et pratiques de digital humanities

Cet article (1), a pour but d’explorer les digital humanities en tant que partie intégrante des activités du chercheur en sciences humaines et d’apporter son interprétation à cette notion en évolution, à partir d’une étude qualitative auprès de chercheurs en sciences humaines dans des domaines variés.

Il part de sa propre définition des digital humanities qu’il assimile aux médias et contenus numériques , aux technologies de l’information et de la communication et aux outils de communication et de partage en ligne (wikis, réseaux sociaux, blogs…).

L’étude s’est déroulée de janvier 2008 à mai 2009 à la société de sciences humaines de l’université Cornell (Etats-Unis), lieu interdisciplinaire de réflexion sur les sciences humaines. Elle a porté sur 45 interviews individuels de chercheurs dans plusieurs disciplines (histoire, littérature comparée, anglais, anthropologie, philosophie, histoire de l’art, études asiatiques , théorie littéraire).

L’auteur synthétise et analyse les points de vue des chercheurs en utilisant la notion de cadre technologique de Bijker (1995). Le concept de digital humanities  est interprété selon 3 grandes approches : médias numériques en tant que 1) facilitateurs de la communication, 2)  plates-formes pour l’expression créatrice et les projets artistiques, 3) contexte pour les études critiques de la culture numérique.

Un fait révélateur de l’étude est l’absence de familiarité de la plupart des chercheurs  avec le terme digital humanities qui relève pour eux d’un jargon qui n’a pas de sens précis. De plus, peu de chercheurs sont impliqués dans des activités dites de digital humanities, une confirmation de l’estimation (Hayles,2009) à seulement 10% les chercheurs participant «sérieusement» à des projets reposant sur le web ou sur des outils numériques.

Cependant, les chercheurs sont devenus des usagers du web à la fois comme producteurs et consommateurs (moteurs de recherche, banques de données, création de blogs, wikis, utilisation des mails et listes de diffusion). En outre, les  pratiques d’analyse de contenu et d’outils de visualisation sont rares (moins de 4%).

D’où, d’après l’auteur, le nécessaire besoin de soutien et de formation des chercheurs pour qu’ils acquièrent les compétences relatives à la création et l’évaluation de contenu.   Selon lui, l’affirmation répétée de l’ignorance des chercheurs en matière de  technologies creuse davantage l’écart entre les pionniers des digital humanites et les chercheurs ayant des pratiques traditionnelles. Et, il est essentiel d’éviter une perspective technologique  étroite et déterministe.

Pour conclure, l’auteur souligne qu’à l’heure où les technologies sont les moteurs de l’innovation scientifique, il est plus important que jamais de comprendre les implications culturelles, sociales et politiques des médias numériques et comment ils sont perçus et utilisés par les chercheurs en sciences humaines.

(1) RIEGER Oya Y., Framing digital humanities: the role of new media in humanities scholarship, First Monday [en ligne] octobre 2010, Vol. 15, N°10, [consulté le 30/05/2011] <http://firstmonday.org/htbin/cgiwrap/bin/ojs/index.php/fm/article/view/3198/2628>