Réflexions sur les digital humanities

Des interprétations des digital humanities s’élaborent en s’appuyant sur leur passé récent et viennent nourrir les discussions sur leur concept. Sur ce sujet, 2 articles ont été repérés :

Le premier article (1)propose d’examiner l’aspect numérique des digital humanities et développe la thèse selon laquelle  les changements de médias produisent des changements épistémiques. Cette approche philosophique s’inspire  des études critiques du code, de logiciels et des questions soulevées par les études des plate-formes.

Il reprend le manifeste de Digital Humanities 2.0 qui a défini dans l’histoire des digital humanities une première vague quantitative,  une seconde vague appelée digital humanities 2.0 qualitative et une troisième vague appelée ici «computational turn», laquelle est explorée dans cet article.

Selon l’analyse, la troisième vague pose la problématique du noyau dur des sciences humaines. Est mentionnée l’émergence de la «computational social science»  qui exploite la capacité de collecter et d’analyser les données à une échelle, profondeur et ampleur  sans précédent.

Cette troisième vague pointe sur la manière dont la technologie numérique met en évidence les anomalies d’un projet de recherche en sciences humaines et conduit à la remise en cause des hypothèses implicites de telles recherches, par exemple la lecture attentive, la formation de canons, l’humanisme libéral, etc.  Elle remet en cause les normes régissant les concepts.

Le second article (2) présente une étude sur la trajectoire historique des digital humanities et l’évolution des discours dans ce domaine au travers l’identification des thématiques. Dans ce but, un corpus de 45 textes publiés de 1980 jusqu’à nos jours et 14 projets anglophones ont été analysés.

Il  cherche à comprendre la façon dont les digital humanities conçoivent  leur contribution en sciences humaines. Il analyse l’impact des nouveaux médias sur l’écriture, la lecture et l’interprétation. Il est souligné le caractère pragmatique des  digital humanities, lesquelles ne suivent pas un parcours linéaire en raison de l’adoption cumulative et  de la diffusion de nouvelles formes.

Il fait démarrer l’histoire des digital humanities à partir de l’introduction de méthodes de calcul dans les domaines littéraire, philologique et philosophique dans les années 1950, avec l’Index Thomisticus qui a donné l’impulsion. Il la poursuit par le développement  d’archives textuelles et multimédia qu’il considère avoir conduit, dans les années 1980 et 1990, à repenser radicalement les textes, la création littéraire et la connaissance. Au milieu des années 2000, se sont mis en place des projets d’accès  et d’édition des collections électroniques et sont apparues de nouvelles formes de création et d’usage des textes numériques.

Les  principales conclusions de l’article :

– les digital humanities mettent l’accent sur l’accessibilité au plus grand nombre  et porte sur l’interprétation selon laquelle les outils numériques sont des ressources. Elles reflètent des tensions où l’optimisme des avant-gardistes est modulé par le pessimisme des adeptes de la tradition.

– les digital humanities permettent de re-contextualiser les textes canoniques des disciplines à travers un engagement critique et collectif, le numérique rendant possible une plus grande authenticité des sources.

(1)BERRY David M., the computational turn: thinking about the digital humanities, culture machine [en ligne] 2011, Vol. 12, p. 1-22 [consulté le 25/07/2011] <http://www.culturemachine.net/index.php/cm/issue/current>

(2) DALBELLO Marija, A genealogy of digital humanities, Journal of Documentation, 2011,Vol. 67 No. 3, p. 480-506