Le projet Gutenberg orphelin

Un billet d’Hervé Le Crosnier rend hommage à Michael Hart, décédé très récemment, inventeur du livre électronique et fondateur du projet Gutenberg ayant pour but de numériser gratuitement la littérature et de la distribuer à tous.

En 40 ans, le projet Gutenberg est devenu une vaste bibliothèque numérique en accès libre  comptant près de 37 000 livres du domaine public en 60 langues, des dizaines de milliers de téléchargements par jour, des sites web aux États-Unis, en Australie, en Europe et au Canada et 40 sites miroirs répartis dans le monde.

Ce projet visionnaire, que ses détracteurs ont  longtemps considéré comme impossible sur une grande échelle, est devenu aujourd’hui une des sources principales de livres numériques gratuits et ré-utilisables sans frais. Rappelons en la conception et les étapes majeures que Marie Lebert détaille dans gutenbergnews et la publication «l’ebook a 40 ans»:

Au travers le projet Gutenberg, Michael Hart a ouvert la voie à l’accès libre aux livres par le média électronique. Ayant anticipé les progrès futurs, il a donné au projet la capacité de se développer et de se renforcer au fur et à mesure de l’apparition de nouvelles technologies. La particularité du projet réside dans l’utilisation de technologies produisant une description simple des données (format ASCII), ce qui permet d’éviter des incompatibilité avec les nouveaux systèmes.

Au début, des bénévoles se sont impliqués dans la numérisation et la relecture des livres, la structure administrative et financière du projet Gutenberg se limitant au strict minimum et le but étant d’assurer la pérennité du projet indépendamment des crédits.

Le projet se concentra sur des ouvrages en langue anglaise, en particulier des ouvrages de référence. Le projet s’est ensuite diversifié. Tous les genres sont couverts et nombre de langues sont représentées . Actuellement, bien que la majorité des titres sont anglais, une petite partie est en français  (1500 environ soit 4%), et autres langues (allemand, finois, hollandais, espagnol, chinois…).

Avec l’apparition du web en 1990 facilitant la circulation des textes électroniques ainsi que le recrutement et les échanges avec les bénévoles, le projet acquiert une dimension internationale. De 1991 à 1996, le nombre de livres électroniques a doublé chaque année : un par mois en 1991, deux par mois en 1992, quatre par mois en 1993, et huit par mois en 1994. En 1989, le projet en était au 10ème ouvrage (la bible), en 1994, le centième a été mis en ligne (les oeuvres complètes de Shakespeare), et trois ans plus tard, en 1997, la Divine Comédie de Dante fut le millième. De 1998 à 2000, la production était en moyenne de 36 livres électroniques par mois.

En 2000, le projet Gutenberg est devenu une entité juridique sans but lucratif. Ayant recours à des milliers de bénévoles pour relire des livres, il a fondé le concept de Distributed Proofreaders (DP) qui permet de partager la correction de livres du domaine public scannés à partir d’une version imprimée puis convertis au format texte par un logiciel OCR en fragmentant ces livres en pages pouvant être relues par des correcteurs différents.

Il existe aussi 75 000 livres électroniques en 100 langues collectés par le Project Gutenberg Consortia Center (PGCC), affilié au projet Gutenberg en 2003, et devenu le site officiel du projet Gutenberg.

Aujourd’hui, le projet a pris une autre ampleur depuis l’arrivée du Kindle et autres appareils de lecture. Les livres électroniques disponibles dans les formats actuels (epub, mobi,…) peuvent être lus sur les liseuses,smartphones, téléphones mobiles.