Evaluer le numérique

Une série de cinq articles «Evaluating Digital Scholarship» en libre accès dans la revue Profession 2011 de la Modern Language Association porte sur l’évaluation des travaux numériques en sciences humaines. Ils couvrent des médias variés et abordent un ensemble de questions et de perspectives.

Aux Etats-Unis, il existe un consensus de plus en plus important selon lequel les disciplines de sciences humaines doivent trouver des moyens non pas simplement d’évaluer, mais aussi de valoriser les travaux numériques dans le contexte du recrutement, de la promotion, et de l’évolution de carrière des chercheurs.

Des organisations nationales comme la Modern Language Association et l’American Council of Learned Societies s’emploient à faire reconnaître la légitimité des travaux produits sur les nouveaux médias, individuellement ou en collaboration, et à mettre au point des procédures d’évaluation de ces formes de recherche.

Des personnes actives dans le domaine des digital humanities/nouveaux médias ont commencé à développer des systèmes alternatifs d’examen par les pairs pour répondre aux besoins des travaux numériques, quoique sur une petite échelle. Jérôme McGann a créé NINES dont un des objectifs est d’instaurer un examen par les pairs des travaux relatifs au 19ème siècle qui évalue à la fois le contenu intellectuel et l’infrastructure technique.

L’idée d’organisations d’examen par les pairs dans un domaine particulier est en train de se répandre : une version de NINES concernant le 18ème siècle et d’autres concernant le modernisme, le Moyen-Age sont à venir.

Les cinq articles portent sur:

Engaging Digital Scholarship: Thoughts on Evaluating Multimedia Scholarship (Steve Anderson and Tara McPherson): l’article argue qu’en raison du caractère expérimental des travaux multimédia, il y a une responsabilité encore plus grande pour que ceux-ci soient évalués au sein de l’infrastructure et des systèmes dans lesquels ils ont été créés. Il trouve souhaitable que les comités de promotion et de titularisation adoptent une approche d’évaluation flexible.

On the Evaluation of Digital Media as Scholarship (Geoffrey Rockwell): l’article pose 3 questions centrales: Pourquoi est-il important d’évaluer le travail numérique? Quels sont les types de travaux numériques et comment peuvent-ils être évalués? Comment pouvons-nous développer un dialogue autour du travail numérique? Il décrit les types les plus répandus de travaux numériques. Il conclut en exhortant à entamer un dialogue et développer un processus d’évaluation qui prenne en compte les besoins du chercheur candidat et de l’établissement.

Where Credit Is Due: Preconditions for the Evaluation of Collaborative Digital Scholarship (Bethany Nowviskie): L’article affirme que la reconnaissance formelle est nécessaire pour les travaux produits en collaboration. Il traite de cet écosystème qu’il appelle un réseau complexe de responsabilités avec ses ramifications techniques et politiques.

On Creating a Usable Future (Jerome McGann): l’article affirme qu’il est impératif pour la profession d’être engagé dans la création de travaux numériques sous tous ses aspects (développement d’outils, création de contenu…). En adoptant une perspective historique, il note que les chercheurs en sciences humaines ont été largement absents du développement d’outils et de pratiques numériques de 1ère génération (à une exception notable près, la Text Encoding Initiative). Sans cette volonté d’encourager la recherche numérique, le danger serait de perdre notre mémoire culturelle partagée.

Peer Review, Judgment, and Reading (Kathleen Fitzpatrick): l’article note que la publication numérique peut fournir une surabondance de commentaires critiques plutôt qu’une absence d’évaluation émanant d’une communauté, sous forme de discussions en ligne, revues par les pairs et liens externes et il est nécessaire de comprendre et d’intégrer ces nouvelles formes d’évaluation d’experts.